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Opinion

L’histoire comme boussole

Blaise Willa, Directeur de publication et rédacteur en chef - sam. 01/03/2025 - 11:05
L'éditorial du magazine «générations» du mois de mars 2025, par Blaise Willa.
passion pour l'histoire faits de sociétés loisirs
L’histoire, la grande comme la petite, a le vent en poupe. © DR

Bonne nouvelle: l’histoire, la grande comme la petite, a le vent en poupe. Pour preuve, ces centaines de podcasts, de comptes (Instagram et TikTok), de séries, de BD ou de biographies qui inondent depuis quelques années les étals – et les imaginaires, en quête d’évasion et, parfois, d’érudition. Oui, l’histoire est là et c’est une bonne nouvelle.

Car jamais nous n’en avons eu autant besoin: on pense bien évidemment aux outrances des réseaux sociaux, vendus aux oukases des industries et des algorithmes qui valorisent désormais leurs propres réalités aux dépens des faits. Les falsifications partisanes qui y sévissent en sont la preuve quotidienne. On pense aussi, bien entendu, aux mensonges auxquels se prêtent des élus, des grandes comme des petites démocraties, et plus seulement, désormais, des dictatures. On pense aux guerres actuelles, évidemment, d’Ukraine à Gaza, et aux indécentes péripéties des parties prenantes. Ignorance de l’histoire, altération des faits, polarisation et, in fine, manipulation. Les exemples ne manquent pas.

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L’histoire est donc là, et depuis des centaines, voire des milliers d’années, elle répète son message à l’envi: seuls les faits, interrogés, vérifiés, soupesés, valent leur pesant de vérité”

Blaise Willa
Blaise Willa

L’histoire est donc là, et depuis des centaines, voire des milliers d’années, elle répète son message à l’envi: seuls les faits, interrogés, vérifiés, soupesés, valent leur pesant de vérité. Et quel travail ils produisent, ces historiens! Tiens, sans eux, comment pourrait-on comprendre ce qui arrive aujourd’hui aux États-Unis? Comment pourrait-on saisir que la pauvreté et les inégalités qui frappent l’Occident ont des causes qui remontent au siècle passé? Que le «plus jamais ça» n’est hélas qu’un souvenir qui s’est évanoui? Que les drames sont le plus souvent le résultat de terribles effritements successifs?

Bien sûr, cette appétence pour les histoires et les fictions – vous avez vu les chiffres d’audience hallucinants de la série The Crown ou même de Vikings sur Netflix, et les libertés prises avec les faits – n’est pas toujours la connaissance de l’histoire, loin de là. Ne fantasmons pas. Mais tourner le dos aux faits ou, pire, les falsifier relèvera toujours de l’infamie. L’histoire est une boussole, il faut s’y tenir.

Un dessin, paru il y a quelques semaines dans le journal Charlie Hebdo sous la plume de Coco, en dit plus que tous les éditos du monde. Un jeune étudiant mal dégrossi, keffieh palestinien autour du cou, arbore le slogan «Stop génocide» sur son pull. Titre du dessin: «Un jeune sur deux ne connaît pas la Shoah». Sèche réplique de l’étudiant: «Jamais entendu parler». 

Miracle du dessin, donc. Sa leçon? Aussi simple et efficace que son trait: la connaissance du passé peut éviter bien des fausses routes, mais surtout beaucoup de malheur. 

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