Un Figaro toujours révolutionnaire

Louis XVI avait détesté la pièce. Il faut dire que le chef-d’œuvre de Beaumarchais, Le mariage de Figaro, survenait alors que les prémisses de la révolution agitaient la France.

Œuvre visionnaire? En écrivant Le mariage de Figaro, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais se doutait-il qu’il n’y aurait pas que les privilèges de la noblesse qui tomberaient sous peu, mais aussi les têtes de Marie-Antoinette et de Louis XVI? Sans doute pas, estiment le metteur en scène Joan Mompart et son assistante, Hinde Kaddour, qui vont monter cette pièce à la Comédie de Genève. «A ce moment-là, la société était encore loin d’imaginer la Révolution française.»

Reste que le roi avait détesté, déclarant : «C’est détestable, cela ne sera jamais joué : il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fût pas une inconséquence dangereuse.» Et cette comédie — laquelle, pour la première fois, attribuait le premier rôle à un valet — a d’ailleurs été censurée plusieurs années durant pour oser mettre en cause les privilèges des nantis. «Mais toute la noblesse ne la condamnait pas, relève Hinde Kaddour. Elle était tout de même jouée dans des salons.» Et, faut-il le relever, Beaumarchais lui-même faisait partie de cette élite depuis le moment où il avait acheté une charge de secrétaire du roi qui lui conférait, de fait, la noblesse.

«La liberté de blâmer»

Mais, avant cela, le bonhomme a eu un cheminement fait de hauts et de bas, embrassant plusieurs carrières aussi diverses qu’horloger, spéculateur foncier, agent secret et bien évidemment auteur depuis ses 9 ans. Un parcours peu conventionnel pour un homme qui n’épousera que partiellement les commandements de la noblesse, défendant avant tout la liberté d’expression, comme le prouve cet extrait du Mariage de Figaro: «Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur, il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.» Ou encore, évoquant les inégalités de la loi: «Indulgente aux grands, dure aux petits.»

 

Tout est dit. Et, pour Joan Mompart, les écrits de Beaumarchais sont plus que jamais d’actualité: «Il n’y a plus de droit divin, certes. Cela dit, on est toujours dans la même incompréhension. Et la noblesse a été remplacée par l’économie en général. Mais la jeunesse se demande, comme à l’époque, pourquoi elle doit faire le deuil de certaines aspirations.»

 

Politique, le message de cette pièce l’est incontestablement. Mais aussi bien le metteur en scène que son assistante se veulent rassurants, insistant sur les nombreuses lectures possibles de ce classique des lettres françaises, écrit en 1778. «On s’est aussi rendu compte que la pièce traitait des pulsions de vie. Eh oui, c’est drôle, assure Joan Mompart. La tragédie est toujours drôle.»

J.-M.R.

 

A voir:

 

0 Commentaire

Pour commenter