«Je voulais partager de la beauté» | generations-plus.ch

«Je voulais partager de la beauté»

photos: © Yves Leresche

Marie-Pierre Morezzi, 63 ans, a quitté l’enseignement pour se reconvertir dans la céramique. Un défi réussi qu’elle ne regrette pour rien au monde.

Imaginez-vous, passé la soixantaine, arrêter le métier que vous exercez depuis la nuit des temps pour vous consacrer totalement à votre passion ! Impensable ? Marie-Pierre Morezzi, elle, en tout cas, a osé prendre ce risque. Enseignante spécialisée auprès de jeunes en difficulté durant de nombreuses années, elle décide, à 61 ans, de se mettre à son compte pour vivre de sa passion, la céramique. « Je n’en pouvais plus de mon métier, je commençais à flétrir. Même ma santé en subissait les conséquences. Les conditions sont devenues plus difficiles, mon champ d’activité s’est rétréci et la créativité s’est faite de moins en moins présente. »

Faire face à l’inconnu

Malgré un ras-le-bol évident et une envie forte de changer de voie, la décision ne s’est pas prise du jour au lendemain. « J’étais partagée. D’un côté, j’étais très contente de me dire que j’allais arrêter l’enseignement. Je me réjouissais d’avoir l’esprit libre pour concrétiser de nouveaux projets. Je voulais simplement partager de la beauté et arrêter de me faner pour de faibles résultats, malgré tout mon investissement. Mais, d’un autre côté, même passionnée, c’était pour moi l’inconnu. Je savais que la céramique me plaisait, mais transformer un hobby en un métier … Est-ce que j’allais regretter, en avoir assez ? Ou ne plus avoir d’idées ? J’avais aussi peur de perdre des collègues, de ne plus être entourée socialement. Et, financièrement, je voulais que ça tourne.»

Malgré ces doutes qui ont duré deux ans, pour cette croqueuse de vie, la nécessité de se lancer un nouveau défi s’est imposée à elle. Et finalement, comme elle le dit elle-même, «c’était le dernier moment pour changer». Grâce aussi à l’aide de son compagnon François qui l’a «beaucoup soutenue et encouragée», elle décide alors de démissionner et de prendre une retraite anticipée. Il y a deux ans, donc à 61 ans, sa nouvelle vie commence.

La terre comme fil rouge

Depuis lors, presque quotidiennement, Marie-Pierre Morezzi se rend dans son atelier, au rez-de-chaussée de sa maison à Bulle, pour créer des sculptures, des vases, des bols, des saladiers et diverses œuvres autant uniques qu’originales. Avec, comme toujours, la terre comme fil rouge: «Elle est ma passion. Je suis à chaque fois revenue à elle. J’adore la travailler, c’est un matériau qui te centre, te donne des racines, t’ancre. Tu as ce sentiment de pouvoir faire n’importe quoi, la texture peut être très différente, parfois granuleuse, parfois lisse. C’est très sensuel.»

 

 

Malgré divers cours de perfectionnement et des stages pour améliorer sa technique, l’apprentissage fait encore partie intégrante de sa nouvelle vie. Surtout que la céramique réserve toujours des surprises. «Tu améliores ton savoir-faire au fil de l’expérience. Mais c’est un métier compliqué. C’est encore et toujours un défi. Chaque fois que j’ouvre le four, il y a un questionnement.» Il faut donc accepter les aléas du métier, mais aussi savoir prendre son mal en patience. Entre la création, le séchage, la cuisson, l’émaillage, la deuxième cuisson et le refroidissement, il faut parfois attendre plusieurs semaines avant d’avoir, sous les yeux, le résultat final ! «La terre n’aime pas être bousculée. Il faut lui donner du temps. J’étais dans le stress de la vie et je voulais tout contrôler. Avec la céramique, j’ai dû apprendre à être patiente et à lâcher prise.»

«Des étoiles dans les yeux»

En parallèle à la création de ses propres œuvres, Marie-Pierre Morezzi propose aussi des sessions de « team building » pour améliorer la cohésion d’équipe par le biais d’une création commune. Et donne également des cours ou propose des stages de plusieurs jours autant aux enfants qu’aux adultes. De quoi retrouver, en quelque sorte, certains aspects de sa vie passée, mais en mieux ! « J’aime la transmission, partager et faire sortir la créativité chez les gens. J’aime aussi parce qu’ils ont du plaisir. Je suis une enseignante dans l’âme, j’avais envie de voir des étoiles dans les yeux. Quand j’enseignais le français ou les maths, c’était plus difficile!»

 

Aujourd’hui, deux ans après sa reconversion, le bilan est plus que positif et le succès au rendez-vous. Ses œuvres se vendent comme des petits pains, certaines de ses créations sont exposées dans des galeries ou proposées dans des boutiques. En clair, le défi est réussi. « Sans vouloir me vanter, je dois reconnaître que, en entendant les retours très positifs des gens, je suis confortée dans mon choix. Je suis même à chaque fois étonnée ! Je douterai toujours un peu de moi, parce que c’est dans mon caractère. Mais je suis très contente d’avoir changé d’orientation. Je ne regrette absolument rien.»

Marie Tschumi

Prochains cours:

 

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