Urgences gériatriques: déjà une année de service | generations-plus.ch

Urgences gériatriques: déjà une année de service

photos: © Corinne Cuendet

La nouvelle structure genevoise spécialement dévolue aux personnes âgées va bientôt fêter sa première année. Le succès est au rendez-vous. Reportage.

Il est 12h46. Une voiture se parque sur le vaste (et vide) parking des urgences Trois-Chêne à Genève. L’infirmière à la réception, informée de l’arrivée d’un nouveau patient s’empresse d’aller le chercher avec une chaise roulante. Une fois à l’accueil, il est immédiatement questionné sur les raisons de sa venue, et son état général d’urgence est examiné. Il sera ensuite installé dans un lit et placé dans une chambre pour une évaluation plus poussée.

 

 

Les urgences gériatriques à Thônex (GE), seul lieu d’accueil du genre en Suisse, voire en Europe, a été mis en place, il y a onze mois. A l’écart de la ville, mais accessible en bus, l’idée était de proposer aux patients de 75 ans et plus dont le pronostic vital n’est pas engagé une nouvelle structure spécialement conçue pour eux et qui leur permet d’éviter les transferts intersites ainsi qu’une longue attente aux urgences adultes, lieux de fort trafic.

«Ce service répond aux besoins du vieillissement de la population. Il permet de rendre la trajectoire de ces patients plus fluide et une prise en charge spécifique et immédiate », explique Sandrine Boire, infirmière responsable des urgences Trois-Chêne. Et Sébastien Savornin, adjoint responsable des soins d’ajouter: «C’est une réalité: le Service des urgences adultes, avec plus de 60 000 patients par an, est déjà en surcharge. Lorsqu’une ambulance amène une personne âgée, nous souhaitons être en mesure d’offrir la meilleure prise en charge possible. Quand on a pensé à ce nouveau projet, nous nous sommes demandé ce que nous-mêmes aimerions pour nos parents. Comment voudrait-on qu’ils soient accueillis?»

Infrastructures adaptées

Il est vrai que, en découvrant les locaux — flambant neufs — des urgences gériatriques, tout semble avoir été spécialement conçu pour répondre aux besoins des aînés. Les couloirs sont larges, la lumière n’est jamais directe, la couleur du sol contraste avec celle des murs, les W.-C. sont adaptés aux personnes à mobilité réduite, les matelas des lits sont épais et confortables… Mais, surtout, rien ne fait penser à des urgences comme on a l’habitude d’en voir. La salle d’attente est déserte, aucun brancard n’est visible, et seuls deux lits à l’accueil sont séparés par un rideau pour recevoir les nouveaux venus… Car, ici, les patients sont choyés et installés dans des chambres (dix-huit au total), toutes disposées côté parc et climatisées. Il en existe même une pour accueillir les personnes en fin de vie, avec des fauteuils, un lit d’appoint pour les proches et une stéréo pour écouter un peu de musique.

 

 

Le plus souvent, les patients sont envoyés, ici, à la suite d’une chute, d’une baisse de l’état général ou en cas de dyspnée (décompensation respiratoire et cardiaque). Le personnel, formé en gériatrie, s’adapte alors à chaque situation en fonction des pathologies et des histoires de vie. « Pour une personne âgée, l’impact social lors d’une hospitalisation est différent et non négligeable, précise Sandrine Boire. Nous menons à chaque fois un travail d’enquête qui demande du temps, par exemple, pour une personne très isolée, une réflexion plus approfondie est menée avant de la renvoyer à son domicile.»

 

 

Après un examen clinique général, les patients sont soit placés en observation pour, bien souvent, passer la nuit, soit ils sont hospitalisés … Juste à côté! Ce service des urgences, ouvert de 8 heures à 19 heures, même les week-ends, est en effet accolé à l’Hôpital des Trois-Chêne, spécialisé en gériatrie et en médecine interne. Les patients sont ainsi, si besoin, en lien direct avec leur lieu d’hospitalisation.

Bilan positif

Après presque une année de fonctionnement, Jean-Luc Reny, médecin-chef du Service de médecine interne et de réhabilitation à l’Hôpital des Trois-Chêne, assure que l’objectif de réduire le nombre de transferts intersites est pleinement rempli, tout comme le temps de prise en charge « largement en dessous » des deux heures fixées à la base. En revanche, le taux de patients âgés sans urgence vitale qui auraient dû être envoyés là n’est pas atteint : il est actuellement de 56 % (2600 patients environ), alors qu’il était estimé à 80 %.

 

 

Selon le chef de service, cela s’explique par un tri en amont peu optimal, en particulier celui fait par les ambulanciers pour qui c’est une nouvelle responsabilité. Mais ils sont actuellement en phase de communication pour améliorer cet aspect. Et, globalement, il se réjouit du bilan après onze mois de fonctionnement : « J’ai l’impression qu’il y a une grande satisfaction, une bonne prise en charge et une sérénité. » Un point de vue confirmé par le témoignage d’Anne-Marie Stefano, une patiente que nous avons rencontrée (lire ci-dessous).

Marie Tschumi

TÉMOIGNAGE

«Je suis contente d’être là, en sécurité»

Anne-Marie Stefano, 96 ans, Genève

«J’ai rendu visite à mon médecin, il m’a fait une prise de sang. Cela fait 25 ans qu’il me soigne. Il m’a dit que ce serait bien de m’hospitaliser, que ce n’était pas catastrophique, mais quand-même … Si on peut encore faire quelque chose pour moi, si je peux vivre encore un peu, je trouve chouette ! » Anne-Marie Stefano, 96 ans, est arrivée aux urgences gériatriques, en ambulance, à la suite de problèmes de rétention d’eau. « On m’a reçue très gentiment à l’accueil, j’ai immédiatement été prise en charge, j’étais en confiance. Ils m’ont prodigué certains soins et j’ai passé la nuit ici. » Régulièrement traitée à cause de graves problèmes aux reins, Anne-Marie se dit « très reconnaissante » d’avoir, désormais, un tel service à proximité. « En comparaison avec les soins palliatifs, psychologiquement, pour moi, ici, c’est différent. C’est un hôpital fait exprès pour les personnes âgées. Il y a plus de professionnalisme. On sent très bien que les soignants savent exactement comment faire. Ils ont aussi lu les rapports de mon médecin qui m’a envoyée ici. Ils s’y tiennent. Jusqu’à présent, ce que mon médecin a dit de faire, ils l’ont fait. Je suis contente d’être là, en sécurité.»

M.T.

 

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