Un domaine de luxe pour leur retraite

L'heure de la retraite a marqué le début d'une nouvelle vie pour Arnold Berlie et Jean-Jacques Thorens. Sans l'avoir programmé, leur destin s'est retrouvé étroitement lié à celui du Domaine de la Doges, à la Tour-de-Peilz (VD).

Dans la vie de Jean-Jacques Thorens et d'Arnold Berlie, il y a Django, leur fidèle golden retriever, et... lui. Lui, c’est le domaine de La Doges, à la Tour-de-Peilz, un lieu magique dont ils prennent soin depuis 2008, et qui a fait irruption dans leur existence alors qu'ils s'apprêtaient à prendre leur retraite. «En août 2007, raconte Jean-Jacques, juste au lendemain du jour où j'ai pris ma retraite, nous nous sommes retrouvés, dans un dîner avec la vice-présidente de la section vaudoise du patrimoine. Je m'apprêtais à partir pour six mois, seul, sur le chemin de Compostelle. Mais elle nous a dit: nous avons quelque chose pour vous...»

 

L'intendant de La Doges venait de manifester son désir de quitter son poste. Il fallait trouver quelqu'un de confiance pour le remplacer. Légué dix ans plus tôt à la section vaudoise du patrimoine suisse, ce domaine magnifique du début XVIIIe est une véritable oasis au milieu des vignes. Une allée bordée de marronniers mène aux bâtiments, et aboutit dans une cour ouverte entourée d'arbres centenaires et de jardins parfumés. Espaces paisibles depuis lesquels la vue sur le lac et les sommets valaisans vous coupe le souffle. Une ferme, une tour ronde et, au cœur de cet écrin entretenu avec soin, un corps de logis de dix-neuf pièces.

Les candidats parfaits

Pour le couple, la proposition est irrésistible. Tous deux ont le profil pour être les candidats idéaux. Arnold, professeur de lettres, a grandi à Nyon, enseigné dans le Nord vaudois et la région lémanique, et a toujours été passionné d'histoire. Mélomane averti et homme de grande culture, il possède également de solides notions de bricolage.

 

Jean-Jacques est un excellent gestionnaire. Originaire de Neuchâtel, il a été notamment responsable de la gestion du service de la jeunesse de l'Instruction publique du canton de Neuchâtel, puis des campagnes de prévention à l'Office fédéral de la Santé publique. Autrefois marié, il a eu des enfants et est grand-père de onze petits-enfants, a vécu au Rwanda où il a connu Dian Fossey, la célèbre éthologue spécialisée dans l'étude du comportement des gorilles. Avec son compagnon, rencontré il y a 23 ans, il partage le goût des voyages, de la grande musique et des beautés du patrimoine.

 

Les deux hommes postulent. Leur candidature est retenue et, en janvier 2008, ils s'installent dans les appartements privés aménagés à l’ultime étage de La Doges.

 

Leur tâche, à la base, est simple: assurer la surveillance de la maison. Tous deux dépassent largement leur cahier des charges. Peu à peu, ils rendent son âme à l'endroit, épurant les chambres encombrées, apportant une note de vie dans chaque pièce en y déposant des fleurs fraîches, en organisant des concerts et différentes manifestations, en accueillant les hôtes et en ouvrant gratuitement le domaine au public tous les derniers samedis du mois.

 

Au cours des premières semaines, la demeure et ses nouveaux anges gardiens ont dû s'apprivoiser: «Il faut apprendre à reconnaître les bruits de la maison qui craque la nuit. Et puis... ce n'est pas facile, au début, de vivre avec tous ces souvenirs qui ne nous appartiennent pas. Nous entrions dans l'intimité de lieux puisque rien n'a disparu, que ce soit au niveau du mobilier, de la vaisselle, de la décoration ou des objets du quotidien.»

Les passages secrets

Les deux hommes découvrent les trésors des lieux. Les passages «secrets» permettant autrefois au personnel d'assumer le service, le tableau d'appel des domestiques installé à l’office où ils attendaient les demandes de leurs employeurs, la cuisine aux cuivres luisants et le vieux frigo: tout donne l'impression de pénétrer dans un film d'époque.

 

Dans un couloir, des anciens livres trônent sur des étagères. Les traces des générations d’occupants sont partout. Une porte a été utilisée comme toise pour mesurer tous les enfants de la maison et, sur l'intérieur d'une porte de placard, les bonnes ont noté leur nom et les dates de leur séjour.

 

Dans un bureau, Jean-Jacques déplie un acte notarial réalisé sous le règne de Louis XIV. Plus loin, dans le corridor, Arnold montre une étude du peintre Eugène Burnand. L'endroit regorge de curiosités.

 

Dans cet univers hors normes, Arnold, 75 ans, et Jean-Jacques 73 ans, sont heureux. Leur fidèle Django sur leurs talons, ils reconnaissent qu'une personne seule ne pourrait pas assumer un tel challenge quotidien. Mais la maison leur rend la politesse, leur offrant le privilège dont ils ne se lassent pas de vivre dans un site où la beauté est finalement, depuis des siècles, l’unique véritable maîtresse.

 

Martine Bernier

 

www.ladoges.ch

 

ET VOUS? Peut-être avez-vous aussi profité de votre retraite pour vous lancer un défi? Si vous souhaitez qu'on en parle, écrivez-nous à defis@generations-plus.ch ou par courrier à Générations Plus, Rue des Fontenailles 16, 1007 Lausanne. 

 

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