Les enfants, le train et les retrouvailles – la chronique de Brigitte Rosset | generations-plus.ch

Les enfants, le train et les retrouvailles – la chronique de Brigitte Rosset

photo: © Pierre Vogel

L'humoriste romande Brigitte Rosset nous prête sa plume et ses souvenirs pour une chronique pleine de nostalgie. "Je me souviens..."

Mes filles de 11 et 13 ans sont parties en camp de ski, cette semaine. J’ai posé la cadette à son école, je l’ai serrée dans mes bras, pas trop et pas devant tout le monde, quand même. Je lui ai glissé : «Je t’aime fort», sous son bonnet. J’ai accompagné la deuxième à la gare, je l’ai laissée un peu avant le lieu du rendez-vous: « T’sais, c’est un peu la honte quand même, tu vois, l’genre.» J’ai embrassé ma grande chérie, lui ai souhaité de s’amuser et chuchoté: « Je t’aime. » Ai ajouté : «On respecte les règles et, pas de nouvelles, bonnes nouvelles, O. K. ?» Je suis redescendue au parking dans un état étrange et, dans ma voiture, je me suis surprise à penser: «Youhouuu, bon débarras !» Et sans culpabilité aucune! Mais comment c’est possible, ça?

Je me suis surprise à penser: «Youhouuu, bon débarras !»

Je me souviens encore de la première fois où j’ai dû déposer mon fils aîné, chez la nounou. Il avait à peine deux mois. J’ai fait très vite, comme si tout était banal. «Je ne montre pas que je souffre le martyre, je suis une supermaman moderne qui trouve normal de recommencer à travailler, alors que la chair de ma chair a besoin de moi!» «Son doudou est dans le sac, il s’appelle Pinpin, le doudou. Au revoir, bonne journée!» Et faire vite, très vite, pour qu’on ne repère pas mes yeux mouillés. J’avais la même impression atroce que lorsqu’on laisse son amoureux sur le quai de la gare et qu’on monte dans un train qui nous déchire le cœur en s’éloignant. J’ai revécu ensuite le même cauchemar, les premiers jours de crèche de mes filles.

 

Et mes chéries sont rentrées du camp, ravies : «C’était trop bien!» Je n’en saurai pas beaucoup plus. «Contente de me revoir, je vous ai manqué?» «Ben, oui, trop contente, mais pourquoi tu nous aurais manqué?» Ben oui, pourquoi? Alors, je me dis, en déculpabilisant totalement, que j’ai peut-être bien fait les choses. Elles sont heureuses sans moi, je suis heureuse sans elle, et on a du plaisir à se retrouver. Elles sont chouettes, mes filles!


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