«No Billag»: une initiative irresponsable

photo: © Wollodja Jentsch

À la veille de la votation sur l'initiative "No Billag", Blaise Willa (rédacteur en chef de Générations) rappelle dans son édito l'importance de maintenir un service public de qualité.

«La radio et la télévision à la papa, c’est terminé!», lançait il y a quelques semaines sur l’écran de Mise au point Nicolas Jutzet, le jeune responsable de la campagne «No Billag» en Suisse romande. Ce jour-là, du haut de ses 22 ans, l’étudiant en économie et en management a commis deux erreurs: s’aliéner les seniors de Suisse romande en moquant ouvertement leur amour de la télé à la papa, et leur promettre que l’ère «No Billag» soumise aux seules forces du marché serait bien meilleure que la leur.

 

C’est bien à cette solidarité à la papa que « No Billag » veut s’attaquer

 

Cette initiative — qui veut, pour mémoire, balayer tout financement obligatoire du service public et par là même, liquider la SSR, 21 radios locales privées et 13 télévisions régionales — met en péril le principe même de notre fonctionnement démocratique. Oui, c’est grâce à la redevance qu’une information de qualité existe dans les quatre langues de notre pays et que son accès comme sa pluralité permettent à tous de se forger une opinion. C’est grâce à la redevance que les minorités, en particulier romande, peuvent vivre leur identité et la faire connaître aux autres. C’est grâce à la redevance aussi, ne l’oublions pas, que les personnes atteintes de déficience sensorielle, comme la surdité, peuvent avoir accès à l’information via le langage des signes sur le petit écran. Nicolas Jutzet a-t-il seulement pensé aux malentendants? Et à toutes ces personnes âgées qui appuient sur le bouton de leur radio le matin dans leur cuisine ? Soyons francs: jamais, sans doute, le Neuchâtelois ne sera prêt à payer pour eux, lui qui ne veut «payer que ce qu’il consomme» sur son écran. C’est donc bien à cette solidarité à la papa que l’initiative veut s’attaquer, livrant au seul marché et à sa sainte régulation un bien commun construit pour chacun.

 

Bien sûr, la SSR ne sortira pas indemne du débat qui s’est abattu sur notre pays. Tant mieux: grassouillette, elle devra passer par une cure d’amaigrissement qui la rendra plus agile et moins sénatoriale. La subvention, l’aurait-elle oublié, a aussi ce coût. Reste que l’initiative, si elle passait, serait un désastre : loin de bousculer les programmes et leur public, elle en annihilerait le principe même. En clair, à chacun de se débrouiller seul avec son portemonnaie, sa solitude et son écran. Voilà le monde libre que Nicolas Jutzet et ses amis nous proposent le 4 mars prochain. Posons-nous donc la question avant de glisser le bulletin dans l’urne: ce monde-là est-il vraiment mieux que le monde à la papa?

 

 

Blaise Willa,

directeur de publication et rédacteur en chef


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1 Commentaire

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Excellent article. Cette intitiative. « No Bilag » émane de la partie la plus reculée de l’intelligence humaine et fait appel à notre cerveau limbique! Ne nous laissons pas berner par lui. Votons intelligent en disant NON à cette intitiative.